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Être un Gweilo

November 2, 2017

 

Je ne suis là que depuis un an mais j’aime à penser que je suis chez moi. Dans les rues étroites de Stanley, ou sur les plages de sable fin de Shek-O, quelque chose dans l’atmosphère me semble si familier et coutumier, si doux et agréable, que j’aime appeler cette ville ma maison.
  Mais lorsque je marche dans Central ou les rues enflammées de Lan Kwai Fong, dans la chaleur étouffante de Hong Kong, je regarde autour de moi. J’observe. Et je me sens observé. Les autres. Ils me dévisagent, le regard curieux, méfiant parfois. Ces gens desquels tout nous sépare, un gouffre culturel et historique immense existe. On ne parle pas la même langue, ne partageons pas les mêmes valeurs, et avons sans doute reçu des éducations radicalement différentes.
Alors je me sens peut être “à la maison”, mais à leurs yeux, je ne suis qu’un “gweilo” et ils ont sans doute raison. Ou en tout cas disons qu’ils n’ont pas tort.

  De l’autre côté du monde cette fois, Boulevard Saint-Germain. Marchant dans ce lieu d’artistes, d’écrivains, d’hommes politiques, dans ce quartier qui est à la fois tout ce que les Français aiment et détestent le plus, c’est cette fois-ci moi qui observe. Ces parisiens, nonchalants, élégants, désagréables, charmants, insolents, intelligents. Ils sont chez eux, surtout car, pour la plupart, ils n’ont connu que ça. Comme je devrais également me sentir chez moi, étant donné nos ressemblances physiques et culturelles. Mais malgré la langue que nous partageons et qui m’est si chère, je ne me sens pas réellement chez moi, tel un étranger.
  J’ai quitté la France à l’âge de 10 ans pour New York. Changement aussi brutale qu’agréable. J’ai eu la chance de vivre dans cette ville extraordinaire pendant quatre ans, dont le positivisme et la diversité culturelle m’ont nourri et m’ont permis de grandir et de m’épanouir. Et l’année dernière, je suis arrivé à Hong Kong. Où veut-il en venir allez vous me demander? Pourquoi se confier de la sorte d’une manière si décousu?

  Et bien tout simplement car j’ai voulu écrire tout ceci à cause d’un événement qu’il me semble important de raconter. Lors de mon premier cours de Géographie, mon professeur nous a demandé où était réellement notre maison. Je suis resté perplexe. La question semblait évidente, mais ayant vécu sur 3 continents, la réponse l’était beaucoup moins, et m’a désorienté, désemparé. Comment ne pas savoir d’où l’ont vient, ou tout du moins là où nous nous sentons le mieux? Ce n’est pourtant pas une question difficile.
  Ainsi, cette reflexion m’a permis de repenser à qui j’étais réellement. Et j’en suis venu à la conclusion que je ne pourrais être plus fier d’être français. J’aime sa culture, j’admire profondément ses artistes, ses écrivains, ses penseurs, tous ceux qui ont fait et qui font la grandeur de ce pays. Et à partir de cette observation, j’ai remarqué que là où nous nous sentions chez nous n’avait rien à voir avec quelque trait physique, ou ses racines familiales. Ce qui me rend français et me fait aimer la France n’est pas ma couleur de peau, ou le fait que mes grands parents et mes arrières grands parents étaient eux mêmes français. Ce qui me rend français, ce sont les textes de Hugo, de Voltaire, ce sont les livres de Gary, ce sont les vers de Ronsard.
  C’est quand je suis dans ma chambre, plongé dans la vie de Gary, dans les tranchées de Céline, dans le Paris de Bel Ami, ce sont ces milliers de mots, ces centaines de pages et de vers qui, même à l’autre bout du monde, me ramènent en France. Au fond, je suis conscient qu’on me dira souvent que je ne suis “pas assez français” car je n’ai pas assez vécu en France,  et j’aurais dû mal à faire croire que je suis Hongkongais.... Mais cela est dérisoire, car le plus important est d'être soi-même chez soi et de toute façon, où qu’on soit, on est toujours le “gweilo” de quelqu’un.

 

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