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Pleurez, vous êtes filmés

November 5, 2017

J’ai peur du sang. L’idée de la coupure, du liquide métallique

et visqueux en elle-même, et, par dessus tout, l’idée de la

douleur me répugnent. J’ai tellement peur de cela que

lorsque je participais à des cours de catéchisme niveau CM1,

je devais quitter la salle quand l’on parlait des stigmates du

Christ. Autant vous dire que médicine n’est pas exactement

mon premier choix d’orientation.

 

Seulement, comme on me le dira assez justement, pas besoin

d’enfiler une blouse blanche pour être confronté à ce qui

compose une bonne partie de notre corps misérablement

humain: même plus besoin de se faire mal, il suffit

simplement d’ouvrir un magasine un peu “edgy”.

D’ailleurs ce terme de “misérablement” ne fait-il sonner

aucune cloche dans votre esprit embué de poèmes de

Baudelaire et autre Hugo que Mme. Delamontagne, votre prof

de francais de 3ième B, vous a inséré dans le crâne à coup de

contrôles surprises?

 

Défroncez moi vos petits sourcils broussailleux, ces

élucubrations passant de la souffrance à la poésie

romantique ont un sens et mènent bien entendu à une

inquiétude qui est mienne: Serait-ce le retour du mal du

siècle?

 

Je lisais l’autre jour l’interview d’une jeune artiste

londonnienne dont le travail depuis un an, consistait à se

prendre en photo à chaque fois qu’elle pleurait.

Un poignet cassé, une dispute de couple, la mort d’un proche

se retrouvaient scrutés, classés pour ensuite apparaître aux

yeux du public lors d’une exposition, être publiés dans un

magasine d’art assez en vue qui en loua l’idée, avant de se

promener sur les réseaux sociaux.

 

Ce genre de projet ne pourrait être le fruit que d’une

introspection sur le thème de la douleur et offrir un sujet

original de travail artistique sans être particulièrement

alarmant s’il ne se retrouvait pas précisement dans

l’ensemble des médias, de la culture populaire et de

l’expression des gens, particulièrement de la jeunesse.

Il ne s’agit pas ici de remettre en question la légitimité de la

douleur en elle-même, mais de comprendre l’attrait qu’elle

semble présenter.

 

Le stéréotype de l’écrivain torturé, du poète maudit revient

à la vitesse grand V. Il apparaît dans les messages haineux ou

désabusés que l’on trouve brodés sur des casquettes, à

travers les jeans déchirés et l’allure débraillée de ces artistes

contemporains qui, s’ils ne déconstruisent plus une langue

trop normée, réalisent des films ayant pour but de suggérer

l’inadéquate présence de l’être incompris de la société.

C’est le cas notamment du livre et de son adaptation par

Sofia Coppola, Palo Alto et se retrouve jusque dans les

dessins déchaînés des écoliers, petits morceaux de vie

hachée au bord d’un cahier.

 

La souffrance est un des devoirs de l’homme: il peut

difficilement se construire sans elle. On peut, avec du recul,

la trouver bénéfique, formatrice et galvanisante. Mais

comment la trouver “in”, pourquoi la trouver “cool”?

Les cernes noires que laissent les pleurs des coeurs brisés

peuvent être touchants et émouvants mais ne sauraient

avoir leur place dans des médias qui promeuvent une

ésthétique nonchalante et destructrice à la fois.

 

L’inéxorable peine de la vie, mes pauvres amis, ne nous

quittera pas de si tôt. Accueillons la donc avec courage et

ténacité sans pour autant en faire l’appanage d’un idéal de

style et d’attitude que l’on veut atteindre.

Alors, essayons lorsque le moment de prendre la pose sera

venu de nous admonester et répétons nous “Souriez, vous

êtes filmés”.

 

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