L’hélianthème sur toit

Là.

Elle était là, et moi aussi.

 

Assis au-dessus du monde, sur un sol comme couvert d’une légère couche de fleurs de souci, nous nous étions posés. Distante, elle ne s’était pas attendue à une telle séparation, elle me regardait peut-être de son côté du toit.

Non.

C’était grand quand même, autour.

Les scintillements sur la mer.

Je pense qu’on regardait ce soleil, dont les rayons changeaient la couleur du ciel. Nous étions arrivés à bleu. Il était rose. Elle, elle préférait le gris.

“C’est pas si moche le gris. Je vois pas pourquoi n’importe quelle couleur serait mieux que le gris. Une couleur c’est juste une couleur, le gris c’est juste du gris. Et puis, un gris bien chaud, c’est bien pour la tristesse heureuse,”

Elle s’était ensuite tournée pour me regarder, ou alors je sais plus trop. Elle me regardait souvent, mais jamais dans les yeux.

 

Toujours pas une parole. Le temps passait vite sans mot. Après tout, dans le vide, le temps, il avait plus vraiment d’obstacles.

Je savais pas si je l’aimais moi. De toutes façon, ça reviendrait au même, vu qu’au final, je finirai par ne plus l’aimer. Non. C’était ce que je disais à mes amis en rigolant parce que c’était facile, mais complètement stupide. C’est comme dire qu’on finit tous par mourir, donc autant ne pas vivre du tout. Il faut savoir vivre à la fois heureusement et inutilement (et au pire on s’en fout).

 

Le soleil et le ciel prenaient bonne allure, ce vent doux, la ville, mes pieds dans le vide: je préférais ni y penser, ni décider.

 

Et elle, si extraordinaire.

 

Si extraordinaire, mais cette fois si perdue, sans réponse, elle pensait à quoi, elle vivait où.

“Ça me rend heureuse de vivre dans le passé.

- … là maintenant, si on ne se revoyait jamais après les cinq minutes qui suivent, tu serais heureuse avec moi dans le présent en attendant?

- Non, pas vraiment, mais je le serai demain.

- T’es nulle.”

 

Moi je vivais nulle part, dans le vide, dans le présent. Et ça c’était le mieux qui puisse m’arriver, parce que j’étais normal. J’étais normal et j’avais réussi sans effort à m’engouffrer dans la beauté du soleil couchant, y nourrir mon bonheur, par moments. Pendant une heure ou deux, je m’étais éteint. J’étais redevenu juste un corps. Je ne m’étais soucié de rien, égoïstement sûrement, juste parce qu’elle était là, qu’elle ne partirait pas tout de suite, que j’avais des choses à lui dire mais que je pouvais attendre, pour me laisser vivre ce moment. Elle, elle voulait peut-être, sans doute, quelque chose. Elle, elle était extraordinaire, et elle s’était faite couillée par moi.

Rien à voir.

Surtout quand mon plus grand regret à cette époque, c’était de ne pas savoir l’aimer.

 

Ni regard, ni parole, il commençait à faire nuit.

 

Elle avait le parfum de l’hélianthème. Je pense qu’elle m’aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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