À bientôt, 2017.

Ce soir-là, j’ai vu le temps ralentir pendant l’espace d’un instant.

 

La chicha était installée à la table du jardin, tout le monde avait un verre de mojito a la main, prêt à embrasser la nouvelle année qui arrivait à grands pas. 2017 promettait d’être grandiose.

La maison grouillait de personnes faisant des allers-retours entre la cuisine et la terrasse. Y avait-il déjà une contre-soirée dans la cuisine ? Probablement pas encore – toutes les boissons étaient dehors et la fête venait de commencer il y a une heure à peine.

Je discutaillais avec une blonde aux yeux azure, semblables à ceux d’un chat. Ensuite, je fis connaissance avec un grand blond, adorable garçon, que je ne manquerai pas d’éclabousser de ma boisson quelques heures plus tard dans mon euphorie.

 

Alors que la soirée commençait enfin à ressembler à quelque chose, elle sortit de nulle part et m’entraina par la main à l’intérieur de sa maison, accompagnée de son meilleur ami. Confuse, je les suivis jusqu’à ce que nous entrions dans une petite salle.

Il y avait une vieille et minuscule télévision, un matelas allongé au sol, une commode avec tout plein de bibelots et autres objets du quotidien et une machine de fitness appuyée contre le mur où se trouvait une fenêtre sans rideaux laissant passer la faible lueur de la Lune et des lampes venant du monde extérieur.

 

Elle appuya sur l’interrupteur : une vieille ampoule éclaira avec peine la petite pièce dans laquelle nous nous trouvions d’une lumière ocre.

Mon esprit divagua ; ma combinaison un peu trop petite pour mes épaules pointues me serrait et me limitait dans mes mouvements. Alors, une pensée me frappa : J’aurai pu m’habiller plus confortablement, tout le monde se fichait de mes habits de toute façon.

 

Nous nous sommes assis en cercle sur le carrelage froid, tous les trois en tailleur. Silence. « On va te le faire essayer en exclusivité ! » s’exclama-t-elle, enthousiaste. Lui, me regarda, me sourit, mais ne dit rien.

On va me faire essayer quoi déjà ? J’ai des trous de mémoire ces derniers temps…

Elle le sortit d’un tiroir et mes souvenirs refirent surface : il était tout neuf, on l’avait acheté quelques heures plus tôt dans la seule pharmacie qui en avait encore. Maintenant que j’y pense, c’est bizarre qu’il n’y en eût plus dans les autres…

 

Je fis « non » de la tête lorsqu’elle me le tendit. « Bon, montre-lui comment on fait » lui dit-elle lui le lui balançant. J’avais des sueurs froides, j’étais à la fois confuse et effrayée : Qu’est ce qui m’attendait ?

Il l’appuya contre son t-shirt et pressa sur le capuchon : le gaz sortit en un « pschitt » pas très rassurant et imbiba le tissu blanc. Elle tourna la tête vers moi et m’expliqua qu’après avoir imprégné le tissu du gaz devenu liquide, il ne fallait surtout pas perdre de temps et l’aspirer. Il ne se fit pas attendre et m’en fit la démonstration. « Tout le monde réagit différemment. Lui, il est en transe. », qu’elle me dit.

Effectivement, il fixait le vide, un sourire nonchalant aux lèvres et son corps qui était autrefois raide et tendu était maintenant mollasson.

 

Quelques minutes plus tard, le produit avait arrêté de faire effet sur lui et le moment fatidique arriva : c’était mon tour. Un rire nerveux m’échappa.

En fait - j’étais terrifiée à l’idée d’essayer.

J’avais avec moi un pull sur lequel j’allais faire l’expérience - je m’étais dit que prendre un pull sous 30 degrés Celsius était une connerie - comme quoi, il a fini par me servir. Je saisis l’objet qui me rendait si anxieuse : il était pourtant si petit… ! Prenant mon courage à deux mains et ravalant mon angoisse, j’appuyai à mon tour, prête à suivre le protocole.

 

J’inhalai cette substance sans goût apparent : je la sentais cependant envahir ma bouche, passer à travers ma gorge et se nicher dans mes poumons. « Merde », me dis-je. Il me fallut un instant avant de voir arriver les effets. Mes yeux dé-zoomèrent de la scène comme si je regardais par l’objectif d’une caméra, mon corps était flottant et cotonneux, j’avais l’impression d’être étrangère et spectatrice de cette réalité. Puis, je fus prise d’un fou rire qui me fit tomber en arrière, mes amis riaient, et, à leur tour, inhalaient le produit. Elle et moi, nous avions visiblement la même réaction : nous étions hilares pendant quelques bonnes minutes avant de nous remettre de nos émotions.

 

La soirée reprit son cours et celle fois, elle battait son plein : les boissons affluaient, la musique commerciale était à fond et me cassait les oreilles (« Rockabye » de Clean Bandit est passée au moins 3 fois, de quoi me rester en tête pendant les 3 prochains jours) et l’objet fameux circulait, passait de main et main et son contenu voyageait de poumon en poumon.

 

Je rejoignais mes deux compagnons et j’eus le bonheur de voir qu’ils étaient actuellement en possession de ce qui me paraissait être le Saint-Graal.

Naturellement, nous prîmes de ce gaz très probablement toxique (même si une rumeur dit qu’il est bénin si l’on consomme moins de 15% de la bouteille – ce qui fait déjà beaucoup) et alors que tout se mouvait autours de nous, je relevai la tête et le brouhaha ambiant, les mouvements des gens ainsi que les miens et les réactions de mes amis ralentirent d’un coup, la musique qui me vrillait les tympans – surtout à cause de son volume - en fit de même (et ce n’était pas pour me déplaire). Je tournai la tête, ils riaient : je voyais leurs moindres mouvements illuminés par le clair de lune et les lampes du jardin à la lumière jaunâtre alors que « Rockabye » passait pour la 4ème fois.

 

La Lune.

Cette Lune, elle me paraissait si vivante au moment où je levai les yeux au ciel pour la regarder de mes yeux vides.

Un sourire se dessinait lentement sur mes lèvres tandis que je perdais l’équilibre sur les marches. Et tout à coup, la vie reprit son cours et le temps aussi.

 

Cet instant.

Oui, cet instant où le monde avait ralenti parut durer une éternité.

 

 

 C. Léa Marthan 

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