Terrorisme : Normalisation de l’horreur

L’objectif est de nous terroriser

 

HONG-KONG 2015— Te souviens tu de ce dimanche matin, il y a deux ans. A ton réveil alors que tu consultais comme à ton habitude les réseaux sociaux tu as lu, en grosses lettres, - ATTENTATS A PARIS- accompagnés d’images, de vidéos terrifiantes. L’horreur t'a submergé. Incrédule tu t’es précipité à ta télévision, tu l’as allumée et tristement tu constates que en effet, Paris avait été victime de plusieurs attentats en la nuit du vendredi 13. Alors que nous dormions paisiblement, une scène d’horreur s'est déroulée dans notre capitale. 130 vies, le coût d’un acte qui visait notre idéologie. 130 vies qu’il ne faut jamais oublier.  A HK, au delà du détachement géographique, tous blessés au plus profond de notre cœur, nous avons arboré les couleurs du deuil,du soutien et de l’amour pour notre pays. Ensuite s’en est suivi un formidable élan de solidarité, toute l’école, tous les français de Hong Kong, le monde entier s’est recueilli. Et toi au milieu de tout ça, entre la terreur, la haine et la tristesse tu as vu à quelle point cette image était forte. Tu t’es senti plus que jamais français. Bien qu'à 12 milles kilomètres de notre France, l’esprit puissant de la résistance à la terreur et cette envie de démontrer que nous ne sommes pas vaincus ont rayonnés. Tu as été convaincu que c’est l’unité et l’amour qui vont venir à bout du terrorisme.

 

Aujourd’hui-

Constatez que la violence terroriste, autrefois choquante, est peu à peu normalisée. La panique et l’indignation qui étaient autrefois les réactions entendues, cessent d’être. A 16h d'avion de NY, nous nous sommes tous réveillés avec, au milieu de tant d’autres notifications, celle du Monde ou du Figaro qui lisait « Attaque à NY ». A l’annonce d'une nouvelle attaque à la voiture bélier, ce n’est plus la terreur qui t’as submergé mais une légère peine, tu n’as plus senti cette incrédulité mais une certaine résignation. De plus tu es loin, loin de ce chaos et de cette violence et peut être ne comprends tu pas tout à fait, tu ne réalises pas totalement que ces événement sont réels, tu as du mal à te mettre à la place des victimes. On ne peut pas comprendre ce que l’on a pas vécu. Tu savais déjà, sans avoir lu les informations, tout ce qu’il y avait à savoir: que cette attaque était un acte terroriste, qu’encore plus d’innocentes personnes avaient perdues la vie, qu'à nouveau des familles allaient souffrir. Et tu savais que cette attaque ne changerait rien au paysage politique, que la vie reprendrait son cours, imperturbée. Nous continuerons à vivre. Parce qu'un groupe de fanatiques religieux avait essayé de tuer autant d'infidèles que possible à des kilomètres de là, nous n'allions pas tout arrêter. Le fait que nous continuions à vivre est devenu une déclaration:« Vous ne pourrez jamais changer qui nous sommes ni comment nous vivons. » Lassés peut être devant le nouvelle acte de lâcheté d’un individu, la violence terroriste ne nous affecte plus autant. Devenons nous indifférents au terrorisme?

 

Ce phénomène d’indifférence relative pourrait être célébrée car le terrorisme marche en terrorisant. Quand ces attaques étaient encore rares, elles installaient la peur, perturbaient le quotidien, chamboulaient les agendas politiques. Alors, de ne plus réagir ainsi, supprime le pouvoir de ces attaques et ceci est essentiel.

Cependant cette habilité à ne pas ressentir la terreur est elle-même terrifiante. La seule chose pire que de réagir excessivement à la terreur, est de la normaliser. Avec chaque bombe qui explose, chaque fusillade, chaque attaque, notre compassion pour les victimes devient de moins en moins fervente. Prenez en compte la décision de Macron de supprimer le Secrétariat général d’aide aux victime, ne révèle-t-elle pas de ce phénomène? Nous avons doucement accepté que les attentats terroriste restent monnaie courante. Alors bien sûr que savoir passer outre pour continuer à avancer est une façon de continuellement faire face à la menace. Mais pour rester vraiment sain d'esprit, nous devons aussi nous rappeler à quel point le massacre insensé qui est si vite devenu banal dans le cœur de nos villes, est vraiment fou.


 

C’est un sujet polémique et c’est sans aucun reproche que j’écris ceci. Je ne cherche pas à provoquer ni à blesser. Si je constate ceci c’est que je suis en connaissance de cause. Le 17 août, je me trouvais sur la belle place de Cataluña à Barcelone, à l’embouchure de l’avenue piétonne Las Ramblas. Cette fois ci, la fourgonnette ne visait pas les autres, elle me visait moi. Il ne suffit que d’un instant pour chambouler notre monde, pour remettre en question nos principes. La solitude dans laquelle j’ai été plongée m’a fait réfléchir d’autant plus. Ainsi, j’observe maintenant cette normalisation qui se répand peu à peu. Cette normalisation à laquelle j'adhèrais inconsciemment auparavant.

 

« Nommer c'est montrer et montrer c’est changer »  nous apprend Sartre.

 

Il est dur de nommer, ce n’est pas un exercice facile. Tout comme il est dur d’admettre que l’on souffre. Ceci est surement le résultat de notre société pudique ou beaucoup vient de l’angoisse d'être incompris. Moi, je ressens plutôt de l’impuissance. Je suis incapable de retranscrire avec des mots mes souffrances; comme si mon mal avait vaincu les mots  De plus, je ne veux pas donner à des brutes raison de leurs action en montrant ma crainte. Je veux brandir haut, cette pancarte noir, évocatrice, provocatrice “Not Afraid”  mais c’est avec un peu de honte que j’avoue que j’ai toujours peur. Je frémi toujours à un mouvement de foule, je vis à fleur de peau, je ne comprends pas. Cependant, je ne m’affole pas, j’ai compris qu’il faut du temps pour guérir.

 

 

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