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Une Histoire D'ailleurs

March 9, 2018

« Regarde, on pourrait tellement partir, là, maintenant. Mais on ne le fait pas. J’aimerai tellement juste partir et voir le monde » dit-il d’un air à-demi contrarié en levant les yeux vers ce ciel frais de mi-décembre. Ses cheveux noirs rayonnent au Soleil mais son regard sépia, habituellement jovial, affiche un air mécontent.

 

Mais pourquoi restons-nous ? Cette question me démange déjà depuis quelque temps.

 

C’est vrai ça, nous pourrions nous en aller tout de suite, ne pas faire le chemin que nous faisons chaque jour entre les cours : école – sumaï puis sumaï – école.

On pourrait juste faire école – sumaï et plier bagage, se tirer les mains dans les poches sans ne rien devoir à personne.

 

On pourrait quitter cet endroit et échapper aux conditionnements de la société, cesser d’obéir à ces règles établies par nos institutions : Cela ferait-il de nous des anarchistes ?

 

L’éducation serait-elle chronophage ? Après tout, elle nous apporte le savoir qui devrait nous permettre de faire de bonnes études, pour avoir un bon travail afin de bien gagner nos vies. Sauf qu’à trop travailler on ne peut pas en profiter, de cette belle vie : écoutez les anciens, ils vous diront qu’il faut voyager autant que possible !

 

On pourrait s’éclipser, juste comme ça.

Ça paraît si simple.

Prendre un bus, un tram, un train, un bateau : nous retrouver à l’autre bout de la ville, sur une île voisine, à la frontière avec le pays voisin ou à l’autre bout du monde.

Peu importe la durée du trajet car il occupe souvent la majeure partie de l’épopée : expériences nouvelles et heureuses rencontres sont la clé contre le blues du dépaysement. Par ailleurs, voir le décor qui défile changer est un plaisir unique chez le voyageur que peu de gens estiment à sa juste valeur.

 

Imaginez, le crépuscule dépose son voile sur un désert tangerine ou écarlate, aux courbes délicatement brossées par une brise tiède, un vent de l’ouest. Au loin, des Hommes à dos de chameaux, leurs ombres se distinguent et dansent sous la lumière de leurs torches agitées.

Imaginez, une étendue brillante de mille feux aux nuances asymétriques, tantôt proches, tantôt lointaines. Azurin, bleuet, guède, cobalt ou bondi s’entremêlent dans les vagues infinies. À perte de vue, des reflets argentés illuminent les flots. Où est le ciel ? Où est la mer ? Les deux s’unissent dans un seul et même horizon.

Imaginez, de vastes plaines et collines, une verdure saillante et abondante. Des montagnes qui ont vécu leur vie, aujourd’hui brisées, frêles mais colossales d’ici-bas. Sur elles, des bois dignes de l’âge carbonifère et une faune gargantuesque ont élu domicile : un monde à part, un écosystème dont la beauté sans pareille est toujours gouvernée par la loi du plus fort.

 

Ce dilemme me ronge, ce désir d’ailleurs s’intensifie de jour en jour : en cours je passe mon temps à regarder par la fenêtre, à la récré je préfère sortir que rester enfermée et même dans mes rêves je passe des heures à contempler des paysages imaginaires (cf. mon poème « Un Temps »).

 

Mais d’où sort-il, ce « désir d’ailleurs » ? Parlons-en.

 

J’ai cette constante impression que je pourrai être en train de faire autre chose de plus intéressant à un autre endroit du globe, sans avoir à me soucier de mes devoirs, sans compter le nombre de jours avant la fin des vacances, sans calculer mon décalage horaire et sans additionner les heures de vol pour voir combien de temps je passe dans l’engin volant (à partir duquel on ne voit que les nuages, et encore).

 

Évidemment, je ne veux pas seulement voyager pour enrichir ma collection de cartes postales (dont chacune offre une image féerique de son pays de provenance), acheter un t-shirt avec écrit « I <3 NYC » à New York, un daruma à Kyoto ou une photo de mon trajet vers Gavar.

Mais ces objets souvenirs ne sont-ils pas là pour me rappeler combien j’ai lové New York, combien j’ai été fascinée par la culture Japonaise ou comment je suis tombée amoureuse de la froideur du lac Sevan ?

 

L’exotisme, ça attire.

À passer beaucoup de temps dans un même endroit, on finit par s’y habituer, en connaître les moindres recoins, et dans les pires des cas : s’en lasser.

Mais loin de moi cette idée : Je ne me lasse nullement de Hong Kong –ville que je trouve par ailleurs splendide et surprenante- mais voir les autres facettes de ce monde, ces différentes couleurs, humeurs, saveurs, ces parfums sucrés, épicés, ces néons, lanternes, écrans télé, ces accents, langues, coutumes et surtout ces visages et paysages divers et variés, ça n’a pas de prix. Je ne demande qu’à être spectatrice de ces merveilles, quitte à être rabaissée au titre de touriste.

 

Alors, se rebeller ou obéir ? Ou, dans le cas présent : finir au conseil de discipline ou avoir un bulletin impeccable ? Mon choix est vite fait : à 16 ans je ne peux pas me permettre de faire l’impasse, de mettre en péril mon futur malgré mon envie de découvrir les vastes étendues de notre planète bleue. Comme dit notre cher Orel, « Arrête de passer ta vie à fuir, angoissé par l’avenir ».

 

Faisons donc ce que nous avons à faire, et un jour, le monde nous ouvrira ses bras. Et ce jour-là, la petite part en moi qui aura encore 16 ans sera enfin satisfaite.

 

« Un jour, on partira loin d’ici. Mais pour l’instant, on a français », lui répondis-je en lui prenant la main.

 

 

 

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