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Je te veux, je suis à toi, je pense à nous… ces paroles de la langoureuses Brandt rhapsodie pourraient aussi bien être tirées de la quasi totalité des chansons, films ou romans d’amour, pourraient très bien être les tiennes, pourraient très bien m’appartenir : elles sont universelles et si tu n’as pas cliqué sur ce lien pour la honteuse rougeur qui monte aux joues des foules adolescentes lorsqu’on les confronte à l’idée de possession charnelle, c’est peut-être justement parce que tu as reconnu tes mots à toi.

Quand l’on dit que l’on veut quelqu’un, on pense à son corps, on pense à ses gestes, à son attitude et à sa manière de s’exprimer. On pense à sa physicalité précisement parce que, bien que l’on puisse rêver de l’avoir tout entier,corps et âme comprise, l’acte d’amour charnel permet d’avoir l’impression fugace d’être avec quelqu’un d’une telle manière physique et emotionnelle, qu’on lui appartiendrait et le posséderait à la fois. 

Cependant mes amis, si le désir de possession est intimement lié à la sphère amoureuse et sensuelle, je ne suis pas venue m’emerveiller ( enfin… pas uniquement ) sur la qualité sulfureuse et violemment humaine de l’envie ravageuse de posséder quelqu’un au sens commun du terme.Non, l’idée m’ayant toujours choquée par la façon dont elle atteignait tous mes sens, d’une telle force qu’elle m’en faisait parfois sangloter, est une possession toute autre. Le besoin d’appartenir à quelqu’un ou quelque chose, à un endroit, ou, le reflexe contraire de vouloir s’en emparer pour toujours, les anglais (qui n’ont pas toujours tort) l’ont bien compris. Ne dit-on pas “ to belong somewhere”? Ce besoin là, cette urgence de s’emparer de ce qui nous entoure ou bien de s’assurer qu’on lui appartient, qu’on lui est fidele et qu’on lui donnerait tout, est hautement destabilisant. J’ecris en ce moment d’une petite table, assise sur une chaise fragile, en haut d’un immeuble qui peut, en un coup de vent, se detruire. Et pourtant d’ici, tout me semble petit. Comme ci l’infiniment miniscule de mon être pouvait tout surpasser, tout posséder de la ville en contrebas, d’ailleurs je le dis bien assez souvent : c’est la mienne. Je la veux mienne et ses immeubles, je les veux dans ma poche. C’est en ressentant cette urgence grandissante de devoir m’accrocher coûte que coûte aux grattes-ciels et aux routes sinueuses, rouges vertes et humides de ma cité scintillante que je réalise que le besoin de possession, ou plutôt d’appartenance tellement lié à la confusion et à la peur de voir tout s’effacer d’un coup sous mes pas incertains, n’est pas reservé au salto arrière que fait mon ventre quand mes yeux croisent ceux de l’être convoité.

 Non, le besoin d’avoir quelque chose à soi n’est pas limité à du concret comme ton rêve de baraque à St-Tropez ou à la personne dont tu veux partager la vie et le lit. C’est avant tout un sentiment ravageur qui peut, dans les rapports humains, mener à une jalousie maladive. On peut vouloir tout contrôler, avoir tellement besoin d’être à quelqu’un, pour se protéger, s’accrocher se sentir valorisé, que l’on en devient fou, fou à mourir. On peut aussi être pris de panique devant l’objet de désir, pris de panique devant l’impossibilité d’appartenir ou d’avoir à soi l’immensité de la ville qui s’agite sous nos yeux. Le désir d’avoir ou “d’être à” peut nous paralyser, nous bouffer intensément. Il peut porter sur tous les aspects de notre vie, de manière durable ou non, comme ce sentiment que l'on a parfois dans le metro, devant la foule anonyme : Cette femme qui baisse les yeux et se perd dans sa masse de cheveux est-elle heureuse? Que fait-elle, ou va-t-elle? En trente secondes on fait le tour de sa vie en ayant l’urgence de savoir, de l’avoir a soi pour comprendre cette inconnue qu’une minute après, on aura oublié.  Le désir de possession peut être rêveur et sans conséquences… Mais l’excitante violence d’un "je te veux" bien placé, la determination qu’il sous-entend et la tension qu’il installe n’est pas à prendre à la légère.

Vouloir posséder,apartenir, ne pas savoir poser les mots sur la vague d’émotions ou de sensations qui nous submerge devant lui, elle, devant ce paysage ou cet objet brillant du désir, est naturel et reste à apprivoiser.

On ne peut pas s’attacher aux gens ou aux endroits aussi fort que ce qu’un urgent besoin de fusion nous fait parfois espérer. Pourtant, mon âme vagabonde de voyageuse perdue aime à penser que dans la douceur, la persevérance et l’amour, on peut toujours laisser, donner ou recevoir un peu de ce qu’on voudrait avoir tout entier. 

L’irritante beauté des choses est aussi dans ce que l’on ne touche pas d’elles, mais ce qu’elles nous laissent deviner. Peut-être devons-nous seulement laisser le désir de certaines choses nous porter, dans un incertain excitant, aveuglement et surtout…comme tu le sens.

 

 

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