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Printemps Gweilo

 

On oublie les saisons quand on devient Gweilo.

 

L’été n’est que chaleur étouffante, l’automne n’est que chaleur étouffante - à laquelle s’ajoutent orages, typhons et autres pluies torrentielles qui chassent le soleil- , l’hiver n’est que chaleur étouffante même si parfois - et, dans ce cas là, sortez les fourrures et les parkas- les températures chutent de quelques degrés. Le printemps, quant à lui, annonce le retour de chaleurs étouffantes.

 

En été, les arbres sont verts et florissants. En automne, les arbres sont verts et florissants. En hiver - âmes sensibles s’abstenir- les arbres sont verts et florissants, et au printemps, comme tous les autres printemps, les arbres sont verts et florissants.

 

La jungle de nature ne se meut pas pendant l’année, elle se fond même derrière la jungle de gratte-ciels et son brouhaha de climatisation. 

 

Ne vous méprenez pas, cette nature n’est pas timide: ses racines massives déforment les routes, ses cascades deviennent torrents, ses oisillons gazouillent au dessus de ses serpents, ses araignées se prélassent sous le soleil éclatant, et ses rapaces, comme des anges ou des avions, dominent le ciel de leurs longues ailes plumeuses.

 

Non, elle n’est pas timide cette jungle de nature. Elle est simplement submergée par ces tours aux hauteurs dérisoires qui s’en vont chatouiller les nuages jusqu'à perforer l’épiderme céleste. Elle est simplement oubliée face aux lumières vives et aux couleurs de la nuit, face aux bruits des bus, des passage piétons, de la fourmilière employée, d’une ville qui ne s’arrête de vivre. Elle est simplement mise de côté, embétonée, pour laisser place à l’Homme.

 

On est bizarre quand on devient Gweilo. On s’habitude à nos réveils vue sur la mer, on s’habitue au va et vient des vagues qui nous endort, on s’habitue aux serpents, aux araignées, aux phacochères qui font les poubelles et nous font la course. On s’habitude à la folle végétation, aux vieux arbres qui plient sous leur propre poids, aux petites fleurs qui se glissent dans nos cheveux, s’immiscent dans notre vie à chaque coup de vent, sans que pourtant on ne les remarque.

 

On ne s’habitue pas à la ville, en revanche. Chaque immeuble qui vit est une raison pour en construire un autre. Chaque maison qui s’épuise est une raison pour en construire deux autres. Chaque clapotis de l'océan dans la baie est une raison pour empiéter sur ses côtes. 

 

Chaque voyage au coeur de Hong Kong, ce coeur puissant qui bat vite, parfois trop vite et souvent trop fort, nous laisse déboussolés. Les repaires et les repères que l’on avait ne sont plus. Les cachettes que l’on chérissait ont disparues.

 

Alors on s’intéresse à la nature. Cette nature qui vit aussi, mais cette nature qui évolue au ralenti. On remarque le matin, que ce soit toit ouvrant dans la voiture ou dans l’étage supérieur des bus, le bruissement léger du vent dans les feuilles, le chant des oiseaux qui est bien plus mélodieux que la musique dans nos écouteurs, la lumière du soleil, filtrée par les feuillages, qui crée une drôle de mosaïque sur nos peaux. On voit enfin cette fleur, qui n’était qu'un bourgeon hier, s’ouvrir, s’épanouir, s’étaler, jusqu’au jour où elle chute, une chute sans bruit, tout en douceur, vers l’asphalte qu’a chauffé le soleil. On la ramasse alors, pour ne pas la laisser seule face au dangereux ballet des voitures.

 

On comprend enfin, quand on devient Gweilo, que le printemps ici ne se limite pas à une saison. Chaque jour est un printemps, un renouveau. Chaque jour, la nature s’éveille et se remet au travail. C’est un printemps sans fin, certes, mais c’est un printemps Gweilo.

 

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